pédagogie positive

Pédagogie positive : comment réenchanter les manières d’apprendre
avec Isabelle Pailleau

Coaching, Société

24 novembre 2020

La pédagogie positive entend réenchanter les manières d’apprendre en réintégrant l’axe tête-cɶur-corps dans la pédagogie, en utilisant la spatialisation en complément de l’apprentissage linéaire dominant, en valorisant davantage les soft skills que les bonnes notes, en faisant des devoirs un moment de partage en famille plutôt que de conflit. Isabelle Pailleau s’explique sur ces sujets et donne des clés aux parents pour une éducation positive et bienveillante.

pédagogie positive

Interview avec Isabelle Pailleau, Dirigeante de la Fabrique à Bonheurs, sur le thème de la Pédagogie positive

Retranscription de l’interview sur la pédagogie positive

Barbara Reibel, Coach Happiness et Fondatrice de Happiness Factory : bonjour à toutes et à tous qui êtes là et qui nous suivez. Aujourd’hui Happiness Factory accueille La Fabrique à Bonheurs. Alors c’est comme ça qu’on s’est connues d’ailleurs Isabelle et moi, tu avais posté un post sur LinkedIn et j’ai vu la Fabrique à Bonheurs et je me suis dit ce n’est pas possible moi j’ai créé une société qui s’appelle Happiness Factory et toi la Fabrique à Bonheurs, il y a un truc, et après je suis allée sur ton site, j’ai vu tes contenus et là j’ai été vraiment emballée. Ça fait un moment qu’on est en contact et qu’on s’est promis de faire cette interview, bon ravie de t’avoir avec nous ce matin, merci Isabelle !

 

Isabelle Pailleau, Fondatrice et Dirigeante de la Fabrique à Bonheurs : merci Barbara mais on ne savait pas qu’on allait être à nouveau en confinement quand on s’est parlée la dernière fois, on est obligées de s’adapter !

 

Barbara Reibel : voilà c’est ça, ça nous force à une adaptation constante … alors juste pour présenter rapidement Isabelle … Tu es psychologue clinicienne, tu es aussi dirigeante et fondatrice de la Fabrique à Bonheurs depuis quelques années déjà, sur laquelle on va revenir. Vous proposez, tu proposes avec tes collègues, des programmes pour les enfants mais aussi pour les parents, notamment d’accompagnement aux devoirs, c’est quelque chose qui te tient beaucoup à cœur. Et puis tu interviens régulièrement dans l’émission de Flavie Flament sur RTL. Donc on est à plus d’un titre ravi.e.s de t’accueillir sur Happiness Factory. Voilà ! Alors écoute, on va commencer par le commencement : moi ce qui m’a vraiment interpellé sur ton site, c’est la pédagogie positive. Parce qu’effectivement je connais beaucoup la psychologie positive, c’est mon fonds de commerce mais la pédagogie positive je connais moins. Alors qu’est-ce que tu peux nous en dire, comment tu peux définir la pédagogie positive ?

 

La pédagogie positive : une approche “holistique” de l’apprentissage

 

Isabelle Pailleau : c’est vraiment une approche globale – certains vont dire holistique – de la pédagogie, c’est-à-dire que pendant très longtemps, on a pensé que la pédagogie ça situe à ce niveau-là, celui de la tête, qu’on est une tête pensante, quand on veut apprendre, on y met de la volonté et il suffit de faire rentrer les choses dans la tête et c’est ça va marcher. Et on s’est rendu compte que non, ça ne marchait pas. Et moi j’ai connu la pédagogie un peu à l’ancienne et c’était pas réjouissant ! Ça ne fait pas longtemps qu’on considère qu’on n’est plus autorisé à tirer les cheveux des enfants qui n’y arrivent pas ou alors à dire des choses pas sympas et à leur taper sur les doigts etc. Il existe une pédagogie noire, une pédagogie négative, qui nous a permis, en tout cas, qui m’a permis à moi d’apprendre certaines choses : je sais lire, je sais écrire, je sais à peu près mes tables de multiplication, à peu près compter, … donc on arrive à faire des choses mais ça ne nous fait pas du bien.

Pourquoi ? Parce que ça ne fait pas grandir la confiance qu’on a en nous, dans nos compétences, ça ne fait pas grandir l’estime de nous, on ne sait pas comment on fait pour faire. Il y a beaucoup d’enfants et de parents aussi qui ne savent pas comment ça se passe dans leur tête, comment ils font pour apprendre ? Ils pensent que c’est un peu lié à l’opération du Saint-Esprit. La pédagogie positive, elle, prend en compte la tête mais aussi les émotions, qui ont une grosse incidence dans la pédagogie. C’est à dire que si mes émotions prennent le dessus, ma tête arrête de penser, mon cerveau se bloque, et donc ces émotions-là elles doivent être prises en compte dans l’apprentissage parce que le corps n’est pas juste le véhicule qui nous permet de transporter notre cerveau d’un point à un autre.

Donc la pédagogie positive c’est une pédagogie avec différentes approches qui sont toutes des approches douces, bienveillantes, ayant pour visée de faire en sorte qu’on sache qu’on a de la valeur, qu’on sache comment on utilise nos outils. C’est pour ça que la pédagogie positive, nous on l’amène aussi en entreprise et ont fait collaborer des équipes pour qu’elles puissent comprendre la différence de chacun et ce qui les rassemble. Donc c’est une pédagogique forcément collaborative, bienveillante et qui est douce avec des tas d’outils dedans.

 

Axe tête-cœur-corps

 

Elle est pensée sur l’axe tête-cœur-corps, c’est à dire que je ne peux pas penser la tête en dehors du cœur ou en dehors de mon corps, il faut que les trois soient vraiment alignés pour que je puisse donner pleinement mon potentiel.

 

Barbara Reibel : l’axe tête-cœur-corps, c’est magnifique ça ! C’est vraiment joli et c’est bien de le dire et de le répéter. Et alors ce qui m’a interpellée dans ce que tu viens de dire c’est que la pédagogie positive s’applique aussi aux adultes, moi je pensais que c’était pour les enfants ?

 

Isabelle Pailleau : si tu veux, on est juste le produit de ce que l’on a été ; là on est un peu plus grand, on a un peu vieilli, on a quelques rides, mais on est le produit de ce que l’on a été comme élève. Donc l’élève que j’ai été n’est pas si loin de moi quand je suis en situation de travail. Si j’étais une élève ou un élève anxieux avec toujours une envie de faire parfaitement etc. il y a peu de chances que ça ait changé. Je n’en ai pas pris conscience si je n’ai pas compris que je faisais ça pour calmer mon anxiété. Et donc quand on sait comment on fonctionne à l’intérieur, on n’a plus besoin d’être anxieux et de contrôler et d’être perfectionniste puisqu’on est juste à l’aise et on sait quand on a réussi, on sait quand on n’a pas réussi, Surtout, on sait comment s’améliorer et on ne lâche pas l’envie de continuer sans se décourager. Donc on peut vraiment apprendre à tout âge, même apprendre à apprendre.

 

La spatialisation, un apprentissage en arborescence

 

Barbara Reibel : ça c’est un beau message ! Alors tout à l’heure tu parlais d’outils pédagogiques … je suis allée sur ton site, j’ai un peu fouiné, et c’est vrai que tu présentes des choses qui mettent vraiment l’eau à la bouche, surtout pour moi qui suis une créative : le mind mapping, les carte à bulles et le sketchnoting, par exemple. Écoute je ne sais pas ce qui te tient à cœur et de quoi tu as vraiment envie de parler, mais j’aimerais bien que tu nous présentes un ou plusieurs de ces outils.

 

Isabelle Pailleau : aujourd’hui, on apprend de façon linéaire, une idée après l’autre, voilà, on écrit de façon linéaire etc. et du coup on fait apprendre et mémoriser de façon linéaire aussi donc on empile des couches un peu comme les lasagnes et on espère que la couche du bas va se souvenir de ce qu’elle a appris alors qu’on est en train de mettre la couche du haut. Ça c’est une façon de faire, c’est très séquentiel, c’est très analytique, c’est très chronologique et pour autant, notre cerveau, il ne fonctionne pas de cette façon-là.

Notre cerveau fonctionne par association d’idées, il fonctionne en arborescence donc il faut le canaliser pour pouvoir faire de la déduction, être capable de construire une idée après l’autre, ça c’est de l’apprentissage et c’est pas du tout linéaire. Les outils de pensée visuelle, ils vont utiliser quelque chose qui est beaucoup plus naturel chez nous qui s’appelle la spatialisation. La spatialisation c’est une autre façon d’organiser les informations de manière arborescentes et qui fait que la mémorisation est meilleure, les liens de compréhension sont meilleurs. Le mind mapping par exemple c’est un outil que nous aimons beaucoup utiliser avec des enfants qui souffrent de dyslexie, parce que ça les sort du linéaire où ils sont vraiment enfermés, et tout d’un coup leur mémorisation devient plus facile, ça augmente la confiance qu’ils ont en eux.

C’est toujours la même histoire : quand ils savent comment ils fonctionnent, ils ont plus confiance en eux, ils ont une meilleure estime d’eux-mêmes donc ils réussissent mieux et ainsi de suite. Nous, l’idée, c’est ça : apprendre ce n’est pas juste avoir des bonnes notes, c’est vraiment être aux commandes de sa machine et enclencher les réussites, enclencher quelque chose qui après chaque apprentissage donne envie de passer au suivant, donne la confiance, l’estime de soi. C’est ça la pédagogie positive. On voit bien les tout petits, avant qu’ils ne rentrent à l’école, il faut vraiment les observer c’est merveilleux ! Tu les vois là, ils essayent la motricité fine pendant des heures, ils essayent de faire rentrer une petite ficelle dans un trou etc. tout ça, ils ne lâchent pas l’affaire ! Ils ont une motivation de dingue, ils découvrent le monde et ils ont la sensation de pouvoir agir sur lui.

Et il y a quelque chose qui se perd avec l’entrée à l’école, malheureusement, parce que tout d’un coup il y a un groupe et qu’on est obligé de suivre des règles etc. et il y a quelque chose qui se fane un peu. Nous, notre baseline et notre mission c’est de réenchanter sa vie de l’école au travail, donc c’est de retrouver l’enchantement de départ qui est notre enchantement de la découverte de l’environnement, du goût d’explorer, et qui malheureusement se perd dans un enseignement qui parfois est trop linéaire, qui ne tient pas compte justement des autres sources et donc c’est difficile.

On ne peut pas non plus demander l’impossible, on a déjà des enseignants qui font le maximum, qui se forment même, et qui essaient d’amener des choses différentes. On est vraiment passés d’une éducation classique à des enfants qui sont ouverts sur le monde facilement, en un clic, donc on doit mettre en œuvre ce que l’on appelle les compétences du 21e siècle, les soft skills, qui sont archi nécessaires, c’est-à-dire, voilà, de savoir travailler en groupe, d’avoir un esprit critique qui fonctionne bien et pas juste de croire ce que j’ai vu, ce que l’on m’a dit.

 

La place des parents dans la pédagogie positive

 

Barbara Reibel : alors l’éducation elle se partage entre l’école effectivement mais aussi entre les parents. Quelle est la place des parents ? Est-ce qu’ils doivent se former à la pédagogie positive ? Est-ce qu’il y a des petites astuces qu’ils peuvent utiliser ?

 

Isabelle Pailleau : alors les parents, bien sûr, ils peuvent se former à la pédagogie positive mais moi je dirais que les parents ils ont une chose à faire, une seule : c’est de poser plus de questions, des questions ouvertes, pour ne pas être toujours à donner des réponses quand les enfants disent : « pourquoi tel truc ? ». Les parents, ils veulent être des encyclopédistes, ils veulent tout dire et puis, au bout d’un moment, ils n’ont plus la réponse et ils disent : « Oh tu m’embêtes avec tes questions, prends le dictionnaire ou regarde sur internet ! ».

Moi je suis pour que les enfants posent des questions mais je trouve toujours plus intéressant de répondre : « Mais toi, qu’est-ce que tu sais déjà sur la question ? Qu’est-ce que tu as compris ? » Donc l’enfant se met à exprimer ce qu’il sait et du coup après on va pouvoir dire : « Qu’est-ce que tu veux savoir exactement ? » et on pourra répondre : « Ok alors viens, moi je ne sais pas non plus, on va chercher ensemble. »

Le parent n’est pas un distributeur de bonnes réponses. Il faut sortir de cette chose-là, il faut vraiment que le parent soit aussi dans du questionnement, donc du coup quand on accompagne l’enfant, c’est peut-être aussi de dire : « Tiens comment tu as fait pour faire ça ? » ou « J’ai vu que tu te débrouilles bien, et qu’est-ce que tu as fait en premier ? », donc c’est de questionner pour que l’enfant puisse avoir un retour réflexif et se sentent penser, se voit agir, comprenne ce qu’il a mis comme mécanisme en place.

Sinon tu vois beaucoup d’enfants qui sont persuadés que : « ben j’ai fait ça, je sais pas, ça s’est fait comme ça, c’est le fruit du hasard, c’est coup de bol ou non pas coup de bol. ».

 

Barbara Reibel : je trouve ça vraiment super intéressant et tu sais que je n’y avais jamais pensé avant, mais c’est exactement ce qu’on fait en coaching ! En coaching on pose des questions et on ne donne pas de réponses, puisque la réponse est contenue à l’intérieur de la personne qui la pose. Elle n’y a juste pas accès. Donc c’est drôle parce qu’il a fallu que je fasse une formation de coach pour comprendre ça ! Mais je n’ai jamais pensé à l’appliquer de cette façon-là !

 

Isabelle Pailleau : oui, en coaching on questionne sans objectif, on n’a pas déjà la réponse pour le patient. Donc tout ce que moi je fais au cabinet avec mes patients c’est de questionner pour faire émerger du sens, de la connaissance, et identifier ce qui manque aussi. Voilà donc, l’idéal est là. Le parent il est aussi là pour accompagner son enfant dans la pédagogie positive.

Moi j’aime bien reprendre les étapes d’apprentissage, j’en parlais d’ailleurs tout à l’heure avec un groupe : au départ, il est incompétent et inconscient (« je ne sais pas que je ne sais pas ») et à l’arrivée il est compétent conscient (« je sais que je sais »), sauf qu’entre les deux je suis incompétent conscient (« je sais que je ne sais pas ») et c’est très inconfortable ! Nous-mêmes en tant qu’adultes on ne supporte pas, les enfants encore moins, ça s’appelle le temps de suspension.

Donc à ce moment-là, nous, notre rôle de parent c’est de dire « t’inquiète, tu vas aller vers cette compétence, je suis là pour t’aider à supporter ce temps-là », qu’on peut appeler aussi temps de frustration. « Je vais t’aider, je vais te montrer. Regarde, toi tu voudrais déjà par exemple être capable de lire des livres et il y en a qui arrivent mais pas tout le monde. » Et il y en a qui me disent « moi je sais pas lire du tout » et je vais leur faire un petit dessin, une petite pensée visuelle, je dessine une petite montagne avec marqué en haut « je sais lire » et puis il y a un petit chemin et là je dis : « est ce que tu connais les lettres ? », « est ce que tu sais les lire ? S’il sait déjà ça, la deuxième étape est « est-ce que tu sais que quand on met certaines lettres ensemble ça fait un son comme bo, ba, bi par exemple ? ». « Est-ce que tu sais reconnaître des mots ? » etc. Donc je vais montrer qu’en fait quand l’enfant dit « je ne sais pas lire ».

En fait il est déjà sur le chemin mais il ne sait pas encore lire aussi bien qu’il aimerait mais en tout cas, il est en chemin et donc on va l’aider à supporter les moments où certaines étapes pourraient être un peu plus raide. Et donc le rôle du parent c’est celui-là : poser des questions ouvertes et donc éviter les questions auxquelles les enfants répondent par oui ou non, du type : « est-ce que tu t’amuses à l’école ? Est-ce que tu as des copains ? Tu as passé une bonne journée ? »

 

Les devoirs : moment de partage ou moment de conflit ?

 

Barbara Reibel : merci Isabelle pour ça, je crois que ça fait du bien à tout le monde d’entendre ça. Alors justement, dans la foulée, un gros thème qui moi-même m’a beaucoup torturé à l’époque c’est suivre les devoirs de ses enfants. C’est vraiment quelque chose que les parents prennent à cœur aujourd’hui. Quand j’étais une petite fille mes parents ne suivaient pas mes devoirs, je les faisais toute seule et c’était comme ça. On n’était pas beaucoup suivis alors ceux qui y arrivaient tant mieux, et les autres tant pis, ce n’était pas grave. Aujourd’hui, les parents s’investissent beaucoup, ce qui est une bonne chose, mais le côté négatif c’est que du coup ils se retrouvent des fois à faire les devoirs à la place de leurs enfants ou alors ils lui crient dessus ! Qu’est-ce que tu pourrais donner comme astuce sur la question des devoirs.

 

Isabelle Pailleau : cela renvoie à quel élève on a été. Si j’ai été très bon élève, avec de très bonnes notes, et que mes enfants ne réussissent pas aussi bien que je l’imagine, ça va peut-être m’énerver. Et si je n’ai pas été un bon élève et que j’attends de mes enfants qu’ils réussissent mieux que moi, ça va venir les heurter de toute façon. Ça vient toujours nous chercher sur quel élève on a été, aussi parce qu’on a envie de donner nos bonnes recettes en disant « mais si, mais tu vois moi je faisais des fiches, les fiches ça marche super, fait des fiches ! » mais que peut-être que les fiches, ça ne marche pas pour cet enfant-là, parce qu’il n’a pas la même langue d’apprentissage. Donc il faut être ok avec son passé d’élève et savoir pourquoi on accorde tant d’importance à la réussite scolaire, de quoi avons-nous peur ? Quand notre enfant s’est mis à marcher et qu’il est tombé, on ne s’est pas dit : « c’est la loose, c’est fini, il marchera plus, il est vraiment nul, en plus on ne peut même pas le ramener à la maternité, c’est l’horreur. » Donc on avait confiance à ce moment-là.

Et puis à partir du moment où il rentre à l’école il y a quelque chose en nous qui perd confiance, parce que ça vient réveiller nos vieilles peurs d’écolier, notre vieille peur du parcours. Il y a des parents qui me disent : « mais moi je lui mets la pression pour qu’il fasse les devoirs parce que comme j’étais comme lui et que je ne faisais rien, je ne veux pas qu’il refasse la même chose. » Alors que les expériences ne sont pas transposables : chacun doit faire son expérience. Votre enfant ce n’est pas un mini vous !

Et puis les résultats scolaires ne sont pas de bons indicateurs. Un bon indicateur c’est : « Est-ce que l’enfant sait comment il fait pour atteindre ce résultat ? Est-ce qu’il sait comment il a réussi à avoir cette bonne note ? Ou est-ce qu’il pense que c’est le fruit du hasard ? Et est-ce qu’il sait, quand il n’a pas réussi, pourquoi il n’a pas réussi ? Est-ce qu’il sait comment il fait pour y arriver ? » C’est ça le plus intéressant, sinon, si on n’est que sur les bonnes notes, moi mon cabinet il est plein d’enfants qui sont de très bon élève et qui ont un degré d’anxiété maximale. Ils sont bons, c’est des bons élèves, mais ça n’a aucune incidence sur leur bien-être parce qu’ils ne vont pas bien, ils ne sont pas heureux.

Donc le bon élève ce n’est pas un indicateur pour les parents. C’est rassurant, c’est vrai, et dans les dîners en ville c’est toujours mieux de dire que notre enfant a réussi le concours de polytechnique que de dire que c’est un looser. Moi j’ai une fille aînée qui a fait un CAP de pâtisserie, qui n’a pas eu son bac, qui réussit très brillamment et qui est très heureuse dans ce qu’elle a mis en place. Elle a ouvert un restaurant. Mais entre-temps il y a eu des gens qui ont dit : « Comment, elle ne va pas avoir le bac ? Mais tu te rends compte ? ». Aujourd’hui, je pense qu’il vaut peut-être mieux être plombier pour avoir des chances d’avoir du boulot, que de sortir peut-être d’une école de commerce.

 

Barbara Reibel : là aujourd’hui, tu penses que ce message est entendu ?

 

Isabelle Pailleau : je pense qu’il n’est pas encore entendu parce qu’on est sous la pression du regard des autres. Regarde les dîners de famille, tu arrives à Noël et il y a ta belle-sœur et ton beau-frère qui disent : « oh la la, il nous a ramené une bonne note en maths ! » Il nous a ramené, nous avons bien réussi en maths etc. Donc on est dans ce regard est donc il faut vraiment pouvoir s’en détacher pour revenir à l’instant de départ où on a vu naître notre enfant et on lui a fait une confiance absolue. Et là on se dit : voilà, je vois tout le potentiel qu’il y a en lui, peut-être que la route ne va pas être linéaire, s’il y a des troubles des apprentissages ça va être un peu plus compliqué, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y arrive pas. On a quand même eu un dyslexique Président de la République en la personne de Nicolas Sarkozy, après c’est des questions politiques, on aime ou on n’aime pas, mais on peut se demander comment il a eu le talent d’être arrivé à ces fonctions-là ?

Donc c’est vraiment de pouvoir dire quelle vision j’ai de la réussite scolaire : il vaut mieux réussir dans la vie ou réussir sa vie ? Moi je suis là pour vraiment amener un regard de confiance en me disant pour le moment, il n’a pas réussi, pour le moment c’est dur, oui, c’est vrai, ça m’inquiète un peu, mais je te fais confiance sur le fait que tu vas y arriver.

 

Les enfants réussissent mieux quand on leur fait confiance

 

Barbara Reibel : moi j’aime beaucoup ton discours parce qu’effectivement on sent bien quand on fait confiance à son enfant, quand on prononce les paroles qu’il a besoin d’entendre, il se produit un soulagement, un allègement, et ça se voit même physiquement sur les corps. Et finalement et bien on s’aperçoit bien sûr que nos enfants réussissent, même s’ils n’ont pas fait les études qu’on s’était projetés.

 

Isabelle Pailleau : de toute façon, on voit bien que les enfants réussissent mieux quand on leur fait confiance que quand on leur met la pression. Parce qu’ils sentent notre inquiétude et ils ont quand même envie de nous faire plaisir. Je me souviens de mon autre fille, au lycée, qui avait des notes catastrophiques dans les matières scientifiques, c’était terrible, et je lui disais : « je dois te dire que je te fais confiance sur ce que tu mets en place mais je dois te partager que j’ai quand même une inquiétude parce que je ne n’ai pas l’impression de te voir travailler. Mais cette inquiétude m’appartient et je vais aller m’en occuper. » Et elle me répond : « non maman, j’ai parfaitement confiance, ça va aller. » Et effectivement, elle a eu son bac et maintenant elle bosse excellemment bien, elle est en fac et elle a enfin eu cette révélation d’être à l’endroit où elle doit être. Donc nous, notre rôle, c’est vraiment de dire : « Je ne peux pas te cacher que peut-être je suis inquiète, mais je ne vais pas te le déverser dessus. Je ne vais pas dire des choses du genre « si tu continues comme ça, tu n’y arriveras pas », je ne vais pas jeter sur l’autre ma propre peur. »

 

Barbara Reibel : est-ce qu’il y a des choses à dire sur comment concilier le confinement avec la pédagogie positive ? Quels sont les conseils que tu donnes ?

 

Isabelle Pailleau : alors on est dans une dans une configuration, un peu différente de la première fois, où les enfants étaient à la maison et les parents ont dû se démultiplier et c’était épuisant cette charge mentale, vraiment c’était très difficile. Je dis bravo parce que j’étais très contente de ne pas avoir d’enfant qui ne savent pas encore se débrouiller, parce que j’ai trouvé ça très difficile, très dur, de faire l’école aux enfants. Donc là c’est différent : ils vont à l’école donc ils ne sont pas là toute la journée.

Par contre ce qui est difficile c’est qu’ils vont à l’école avec le masque sur le visage toute la journée et qu’il flotte toujours au-dessus d’eux cette histoire de distanciation sociale etc. Même si nos enfants sont beaucoup plus sages que nous sur cette question, ils sont vraiment dans l’instant présent, donc quand ils sont dans la cour et qu’ils s’amusent ils redeviennent des enfants et heureusement. Donc à la maison, pendant ce temps-là, il faut vraiment essayer de ne pas mettre des chaînes en continu avec des infos qui sont très anxiogènes.

J’ai entendu la semaine dernière un petit garçon qui ne rentrait pas manger chez lui. Il n’avait rien dit à personne, les parents n’étaient pas là le midi, et le gamin il n’y allait parce qu’il avait peur de se faire tirer dessus. On entend toutes ces choses, ces histoires d’attentat, à la télé, et c’est très mauvais parce que les enfants n’ont pas la distance nécessaire pour le penser. Dans le corps d’un enfant de dix ans on se dit : « mais comment je vais faire ? Je ne me sens pas assez fort ». Donc le rôle des parents aujourd’hui avec ces histoires, plus que le confinement, c’est plutôt l’histoire de ce qui nous environne et de tous ces discours anxiogènes. Il faut couper les chaînes d’info, écoutez-les sur votre téléphone si vous en avez vraiment besoin ou lisez-les, moi je lis les journaux sur mon téléphone plutôt que de regarder la télé.

Prenez aussi un temps pour lui demander aussi ce qui s’est bien passé dans la journée, c’est vraiment un temps de gratitude. Il va vous dire : « J’ai joué à ça ou il y a untel qui est à nouveau mon copain aujourd’hui… » C’est d’aller chercher ce qu’il y a de bon, même dans une journée qui ne semble pas être formidable. Donc il sait que ce confinement il est temporaire, on l’a vécue de façon temporaire, on va vers une nouvelle façon de vivre mais de toute façon les choses ne sont pas immuables. C’est une victoire donc dans notre vie, si on regarde notre petite vie en novembre 2020, on grogne, on n’est pas content, on est coincés, et puis si on regarde la vie à l’échelle de l’humanité et ce que chacun a traversé, on se dit qu’on a quand même beaucoup de ressources, qu’on sait rebondir.

En tout cas, nos enfants on doit les préserver. Pour moi, un enfant doit pouvoir se construire avec confiance son avenir et pas en lui déversant : « Tu te rends compte ? Tous ces plastiques etc. ? Et puis la planète elle est pourrie ! », c’est anxiogène, ça ne sert à rien, puisqu’ils ne peuvent rien faire. Nous aurons le temps d’y penser en grandissant, de dire : « je m’inscris dans telle action pour la planète ». C’est plutôt de leur donner suffisamment de confiance pour qu’ils puissent sentir qu’ils vont être utiles et qu’ils vont contribuer au monde.

 

Un programme d’accompagnement pour les parents

 

Barbara Reibel : c’est un très beau message, je te remercie beaucoup. Je crois qu’on a besoin d’entendre des choses comme ça, on a besoin d’avoir des spécialistes comme toi qui sont capables justement de remettre les choses au clair parce que on a beau être dans le métier, on a beau être positive, on est aussi dans l’émotion et donc c’est bien de remettre les choses au clair, et c’est pour ça que je me réjouissais beaucoup de faire cette interview avec toi. Parce que la pédagogie positive, c’est de toute façon un thème de fond et on voit bien que les enfants d’aujourd’hui n’acceptent plus – et ils ont raison – cette pédagogie noire dont tu parlais au début. Mais il y a aussi tout ce qui vient maintenant avec le confinement et qui des fois nous fait faire des pas en arrière, et c’est bien dommage parce qu’on était sur la bonne voie, on se fait rattraper donc oui. Alors il y avait quelque chose encore pour conclure cette interview qui n’est pas si petite que ça finalement : tu proposes un programme d’accompagnement pour les parents. Alors par ces temps justement de vidéoconférence et de tout ce qu’on peut faire à distance, comment ça marche ?

 

Isabelle Pailleau : déjà l’année dernière, on avait vraiment réfléchi au fait de dire comment on introduit la pédagogie positive à la maison parce que les parents n’ont pas forcément le temps de lire tous les livres ! Moi j’en ai écrit beaucoup mais il faut qu’il y ait différentes façons de faire passer le message. Et donc on avait vraiment pensé à comment on va aider les parents à s’approprier ça, pour qu’ensuite ils puissent aller consulter un psychologue ou un psychopédagogue pour vraiment déverrouiller quand il y a nécessité. Mais ils sont tout à fait capables d’accompagner à partir du moment où ils ont les bonnes informations. Donc on a monté un accompagnement qui s’appelle Nos Super Devoirs, où vraiment on va expliquer l’importance de savoir quelle est la langue d’apprentissage de son enfant, comment on fait mémoriser autrement, qu’il n’y a pas qu’une seule façon de mémoriser et que la mémorisation c’est un socle de notre apprentissage. Certains ont des difficultés, d’autres mémorisent à fond mais comme ils n’ont pas de projet de le réutiliser, ça ne sert à rien. Donc il s’agit de comprendre tout ce qui se joue dans la mécanique d’apprentissage, de comprendre le rôle des émotions et du corps, de l’organisation, de savoir s’organiser notamment avec des outils de pensée visuelle et donc de vraiment se préparer. Mais on a monté cet accompagnement en ligne pour que les parents puissent à leur rythme, voilà, sur six modules, cheminer, comprendre, prendre de la distance, quand on est confronté à la difficulté des devoirs ou à ce que l’on vit comme une contrainte.

On avait fait un questionnaire : les parents nous disaient : « c’est la galère, c’est une contrainte, c’est le cauchemar », c’est quand même bizarre, et donc on les aide à mettre cette distance et à dire à quelle est ma juste place en tant que parent : « Je ne suis pas un pro, même si je suis prof moi-même, je ne suis pas le prof de mes enfants chez moi. Quelle est ma place de parent ? Comment j’accompagne mes enfants ? Comment je les aide et je les élève ? ». Et donc on a construit cet accompagnement-là et on a lancé le premier webinaire le 1er jour du confinement au mois de mars !

 

Barbara Reibel : ah oui d’accord ! Bon timing !!!

 

Isabelle Pailleau : donc on a monté un groupe pilote pour expliquer, pour voir et avoir le retour des parents etc. Il a super bien fonctionné, du coup on récidive, et maintenant c’est vraiment quelque chose qu’on propose. Donc cette formation d’accompagnement, elle est aussi avec des coachings en live pour dire : « moi j’ai telle question, j’ai essayé ça, ça n’a pas marché ». On a donc des rendez-vous de coaching en live avec les parents pour répondre à leurs questions et puis bien sûr pour bâtir une communauté, pour que les parents réalisent qu’ils ne sont pas seuls, que c’est souvent pareil chez les autres, que peut-être d’autres ont trouvé des solutions, donc on va échanger, on va se soutenir, c’est quelque chose qui fait que l’on allège son fardeau.

Donc notre mission avec Nos Super Devoirs, ce n’est pas la réussite scolaire, même si elle arrivera, même si les bonnes notes arrivent, c’est que les relations familiales soient les plus détendues possibles. Parce qu’on a constaté que les devoirs venaient pourrir l’ambiance familiale, ça bousille les relations et il n’y a rien qui justifie ça, il n’y a rien et certainement pas les devoirs, qui justifient qu’on sacrifie nos relations d’amour dans la famille sur l’autel des devoirs. C’est parce que, comme je dis toujours, il y a un jour où vos enfants n’auront plus de devoirs et pourtant vous serez toujours en relation avec eux. Donc le jour où ils vont se marier, vous n’allez pas dire : « Tu te rappelles en CE2 ? Quand tu nous a ramenés un 5 sur 20 ans ? Tu nous as bien emmerdés … » Ce sera loin, on s’en fichera et la relation qu’on va avoir avec nos enfants qui vont devenir des adultes, avec qui on voudra toujours être lien jusqu’au bout, ça c’est précieux. Et donc Nos Super Devoirs c’est une façon de rentrer dans la pédagogie positive, d’entretenir des relations familiales qui soient correctes.

 

Barbara Reibel : c’est super, donc c’est vraiment ce que tu disais tout à l’heure : prendre de la distance, remettre les choses en perspective. Parce que les parents n’ont pas forcément connaissance des derniers apports des neurosciences, ils ne savent pas forcément, ils viennent avec ce qu’ils sont, donc si ce n’est pas leur domaine, ils ne savent pas forcément que l’on peut mémoriser autrement, plus facilement, d’une façon très rigolote, tu vois, avec les outils dont tu parles. Et bien écoute, Isabelle, merci beaucoup. Je pense qu’on va conclure ici. Je rappelle que l’on peut te retrouver sur ton site la Fabrique à Bonheurs et surtout sur tes réseaux sociaux, Instagram et Facebook. Et on te retrouve aussi de temps en temps sur RTL. Je ne peux qu’inviter les parents à aller voir le contenu du programme Nos Super Devoirs, à y adhérer, à s’y abonner, parce qu’il y a beaucoup de contenu super intéressant. Et aussi c’est une question de posture et je trouve ça très innovant. Quant à moi vous me retrouvez sur Happiness Factory et également sur tous les réseaux sociaux et sur ma chaîne YouTube. Vous pourrez y retrouver cette vidéo bien sûr en replay pour ceux qui l’auront loupé et on va répondre à vos commentaires s’il y en a. Encore merci Isabelle, et belle journée à tout le monde.

 

Isabelle Pailleau : merci Barbara !

S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments

[…] comment restaurer, nourrir et renforcer cette connexion corps-esprit ? Isabelle Pailleaux de la Fabrique à bonheur parle de l’approche Tête, Cœur, Corps. Moi je préfère commencer par le Corps, ce grand oublié de la société moderne, puis le Cœur et […]