slow living vélo

Slow living, à vélo et autrement

Société, coaching

 

La performance est devenue notre religion. Mais dans un monde d’abondance, l’obsession de l’optimisation est peut-être la pire chose qui nous soit arrivée.

Il y a quelques mois, j’ai rendu ma voiture. Pas par contrainte financière. Par choix. Et pourtant je l’adorais, ma jolie petite Fiat 500 en rose poudré ! Depuis, je me déplace presque exclusivement à vélo électrique — en prévoyant plus de temps, en acceptant les aléas de la météo.

Je précise, parce que j’entends déjà l’objection : je suis indépendante, en télétravail la plupart du temps, mais j’ai tout de même besoin d’une voiture pour mes formations et interventions en entreprise, ou en fin de journée pour mes GAPP en crèches. Nous avons donc gardé une voiture que je prends quand c’est nécessaire. Nos enfants sont grands et motorisés, je n’ai plus besoin de jouer le chauffeur. Je n’ai donc pas « rendu la voiture » au sens radical du terme, nous nous sommes réorganisés intelligemment : une voiture pour deux que je prends quand c’est absolument indispensable, le vélo électrique pour tout le reste.

Ce qui est drôle, c’est que j’ai un e-bike depuis plus de dix ans. Mais tant que la voiture était garée devant la porte, c’est elle que je prenais. Systématiquement. La loi du moindre effort est redoutablement efficace — même quand on sait pertinemment ce qui serait meilleur pour soi. D’ailleurs, j’avais déjà testé le vélo en mode aventure familiale — et ça ne m’avait pas suffi pour changer mes habitudes au quotidien !

Résultat objectif depuis que la voiture n’est plus devant ma porte : je suis moins efficace dans mes déplacements. Un trajet de 10 minutes en voiture, me prend 20 minutes à vélo. Ce n’est pas rationnel. Ce n’est pas optimal. Et pourtant, c’est la meilleure décision pour moi – et pour la planète.

 

 

 

 

 

 

Un chemin de slow living qui s’est construit sur des années

 

Je ne me suis pas réveillée un matin en décidant de « ralentir ». C’est un chemin qui s’est construit progressivement, pas à pas, petite brique après petite brique.

Il y a plusieurs années, j’ai commencé à rééquilibrer et à revitaliser mon alimentation — deux ans accompagnée par une nutritionniste, des cures de jeûne annuelles depuis quatre ans. Le confinement m’a (re)donné le goût du fitness. Puis est venue la décision de rendre la voiture, qui a enfin rendu le vélo électrique incontournable.

À chaque étape, le même constat : l’action consciente prend plus de temps, demande plus d’attention, laisse moins de place au reste. Je lis moins. J’écris moins. Je suis, selon tous les standards de productivité modernes, moins performante. Et pourtant, quelque chose se construit — solidement, lentement, en profondeur. C’est cela, le slow living : ce n’est pas de la paresse, mais de la conscience.

 

Le piège de l’optimisation dans un monde d’abondance

 

La performance, en soi, n’est pas un problème. Elle a permis à l’humanité de survivre, de construire, de progresser. Mais récompenser la performance dans un monde qui a déjà résolu le problème de la survie, c’est une toute autre histoire.

Dans un monde de rareté, aller plus vite que son voisin signifiait manger. Dans un monde d’abondance, aller plus vite signifie souvent… s’épuiser pour rien, ou pire, détruire ce qui nous entoure. C’est d’ailleurs l’une des causes profondes du burnout.

L’économiste Timothée Parrique, dans La Science de la Post-Croissance, le montre avec précision : nous avons construit des systèmes entiers sur l’idée que plus = mieux, alors même que les données montrent que, passé un certain seuil de richesse, la croissance ne produit plus de bien-être — elle produit de l’anxiété, des inégalités, et de l’épuisement des ressources. Sur mon blog En 1 mot, le résumé du Bonheur National Brut de Tho Ha Vinh explore cette même idée : et si la vraie richesse n’avait rien à voir avec la croissance ?

 

La nature menacée devient menaçante : notre excès de contrôle nous a fait perdre le contrôle. Il va maintenant falloir vivre dans un monde fluctuant, c’est-à-dire inventer la civilisation de la robustesse, contre la performance.

Olivier hamant

Antidote au culte de la performance, Gallimard, 2023

 

Ce que la biologie sait depuis toujours

 

La nature, elle, n’a jamais cherché à être efficace. Elle a cherché à être robuste.

C’est le cœur de la réflexion d’Olivier Hamant, biologiste à l’INRAE : les systèmes biologiques ne fonctionnent pas parce qu’ils sont efficaces, mais parce qu’ils sont résilients. Une forêt n’optimise pas chaque arbre — elle optimise l’ensemble. La lenteur, les redondances, les « inefficacités » apparentes sont précisément ce qui permet au tout de tenir face aux chocs. C’est exactement ce que j’explore dans mon article sur la résilience et comment nous pouvons en devenir des tuteurs pour nos proches.

Ce que cela signifie à ton échelle : viser la décroissance personnelle, c’est peut-être la condition de l’optimisation collective. Le slow living n’est pas un luxe de bobos déconnectés — c’est une stratégie de survie à long terme, pour toi et pour le système dont tu fais partie.

 

Supprimer l’option facile

 

Ce que m’a appris l’histoire de la voiture au vélo, c’est ceci : la bonne intention ne suffit pas. J’avais l’outil, la volonté, les convictions — et pourtant je prenais la voiture. Parce qu’elle était là, immédiatement disponible, sans friction.

C’est en supprimant l’option facile — en ne reconduisant pas le contrat de location — que le changement est devenu réel. Pas par héroïsme. Par architecture des choix.

La même logique vaut pour l’alimentation, le sport, le sommeil, les écrans. Tant que l’alternative rapide et commode est là, la plupart d’entre nous la prendra — même en sachant que c’est sous-optimal. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est de la neurologie. Et c’est précisément pour ça que construire un style de vie dont tu n’as pas envie de t’échapper est l’un des actes les plus puissants de la psychologie positive.

 

Décroissance personnelle, bien-être collectif

 

Dans ta vie, quelle « option facile » maintient en place une habitude que tu voudrais changer ?

Et quelle « inefficacité » acceptée consciemment pourrait, sur la durée, te rendre plus robuste — comme individu, comme famille, comme communauté ?

Le slow living et la décroissance personnelle ne sont pas des renoncements. Ce sont des choix de bien-être à long terme. La performance est séduisante parce qu’elle produit des résultats visibles, immédiats, mesurables. La robustesse, elle, se construit dans l’ombre, lentement, et se révèle uniquement quand la tempête arrive.

Bon ralentissement !

 

 

 

 

 

 


🧭 Notes et sources

 

  1. Timothée Parrique, La Science de la Post-Croissance (Actes Sud, 2026)
  2. Olivier Hamant, travaux sur la robustesse des systèmes biologiques (INRAE), Chroniques d’un monde qui craque (Odile Jacob, 2026), Antidote au culte de la performance (Gallimard, 2023)
  3. Tho Ha Vinh, Le Bonheur National Brut (Jouvence, 2022)

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