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Prévenir la violence scolaire par l’apprentissage socio-émotionnel (SEL)

société, psycho

09 AVRIL 2024

[social_warfare]

La réponse de l’État français à la violence scolaire met l’accent sur la répression, les sanctions et la restauration de l’autorité. Bien que le rôle du gouvernement soit la punition des responsables et le maintien de l’ordre, sa place est aussi d’impulser la prévention de la violence scolaire. L’école joue un rôle central dans l’enseignement du vivre ensemble, pourquoi ne pas commencer par y instaurer les fondements de la non-violence, et ce dès le plus jeune âge ?

Suite aux événements tragiques ayant eu lieu à Tours, Viry-Châtillon et Montpellier début avril 2024 et impliquant des adolescents, Gabriel Attal réfléchit à la possibilité d’instaurer des conseils disciplinaires dès le niveau primaire. « On a affaire à une délinquance plus forte et plus jeune » dit-il. La violence scolaire n’est pourtant pas l’apanage de la France : selon l’UNESCO, environ 246 millions d’enfants sont victimes de violence scolaire chaque année, les filles et les personnes non conformes au genre étant disproportionnellement touchées. Toujours selon l’UNESCO, un apprenant sur trois est victime de harcèlement scolaire chaque mois dans le monde.

Impact sur les enfants victimes de violence scolaire

 

Sans parler des blessures physiques pouvant entraîner la mort dans le pire des cas, les victimes de violence scolaire souffrent d’une détresse psychologique considérable. Dès lors que l’enfant dont le cerveau n’est pas encore pleinement développé subit un traumatisme, il passe en mode survie, ce qui peut affecter son attention, sa concentration, son contrôle émotionnel et sa santé à long terme.

 

Selon une étude de 2019, les enfants qui ont été victimes de violence scolaire sont exposés à un risque de développer des problèmes de santé mentale et physique à long terme, notamment des troubles de l’attachement, des abus de substances, l’obésité, le diabète, le cancer, les maladies cardiaques et les affections respiratoires. Plus une personne a vécu d’expériences traumatiques pendant l’enfance, plus le risque de problèmes de santé physique et mentale à l’âge adulte est élevé.

 

Les enfants commettant des actes de violence ne sont pas épargnés

 

Les agresseurs peuvent ressentir un sentiment de satisfaction lorsque leur besoin émotionnel de force ou de sécurité est satisfait. Cependant, cette satisfaction est de courte durée, car ils craignent la punition ou la vengeance, ce qui déclenche de la colère pouvant parfois conduire à davantage de violence s’ils ont peur de ce qui pourrait leur arriver.

 

Il est crucial d’enseigner aux enfants des méthodes de résolution non-violente des conflits afin de les aider à briser le cycle de la violence. Ils doivent comprendre que bien que la violence puisse offrir une satisfaction temporaire, elle engendre inévitablement des complications à long terme. En leur fournissant des compétences en résolution de conflits telles que la communication efficace (ou Communication Non Violente, CNV), l’empathie et la recherche de solutions pacifiques, les enfants peuvent apprendre à gérer les situations difficiles de manière constructive, favorisant ainsi des relations plus saines et durables.

 

 

En amont : l’attention à soi et l’esprit critique

 

Toute résolution de conflit est difficile en l’absence de bases permettant par exemple d’apprivoiser ses réflexes et ses émotions. Des programmes d’Ateliers philo à l’école, tels que ceux proposés par la fondation SEVE co-fondée par Frédéric Lenoir, proposent systématiquement une courte pratique de l’attention.

 

Ensuite, un atelier philo permet aux enfants d’exprimer leur pensée et de débattre entre eux dans un cadre démocratique et de respect des autres. L’animateur veille au respect du cadre (écouter les autres, ne pas juger ou se moquer, argumenter etc.) et distribue la parole en veillant à ce que tous les enfants, qui le souhaitent, puissent parler. Il est là pour permettre aux participants d’exprimer le plus librement possible leur pensée, recevoir celle des autres et favoriser un débat respectueux et constructifs entre eux.

 

 

Promouvoir l’apprentissage socio-émotionnel (SEL)

 

L’apprentissage socio-émotionnel (SEL) a pour objectif de développer chez les enfants cinq compétences douces :

  • La conscience de soi : la capacité d’avoir une connaissance de ses propres émotions et de développer un concept de soi positif.
  • La gestion de soi : la capacité de réguler ses propres émotions et de surveiller ses propres comportements.
  • La conscience sociale : la capacité d’avoir conscience des émotions et des situations sociales des autres.
  • La prise de décision responsable : la capacité à résoudre des problèmes et à se responsabiliser.
  • Les compétences relationnelles : les compétences nécessaires pour favoriser les relations et communiquer en leur sein.

 

Cet apprentissage a pour objectif d’aider les élèves à vivre une vie socialement et émotionnellement saine pendant et après leur passage dans le système scolaire. Cette pratique éducative s’appuie sur une approche systémique impliquant des partenariats école-famille-communauté afin que les jeunes et les adultes puissent continuer les pratiques du SEL au-delà de leur scolarité et salle de classe.

 

 

Efficacité des compétences douces dans la prévention de la violence scolaire

 

 

Des approches SEL fondées sur des données probantes ont démontré leur efficacité et leur rentabilité. De nombreuses méta-analyses, revues de recherche et études individuelles portant sur des centaines de milliers d’élèves de la maternelle à la terminale montrent que le SEL améliore le bien-être émotionnel, la régulation émotionnelle, les relations en classe, ainsi que les comportements bienveillants et d’entraide chez les élèves. Il réduit également une gamme de problèmes tels que l’anxiété, la détresse émotionnelle et la dépression, ainsi que les comportements perturbateurs tels que les conflits, l’agression, le harcèlement, la colère et le biais d’attribution hostile. De plus, le SEL améliore les résultats scolaires, la créativité et le leadership.

 

Une étude menée auprès de 36 enseignants d’école primaire aux Etats-Unis a montré que lorsque les enseignants étaient plus émotionnellement soutenants envers leurs élèves, ces derniers étaient moins agressifs et avaient un meilleur contrôle de leur comportement. Une méta-analyse a montré que développer ses compétences émotionnelles protégeait contre le fait de devenir victime de harcèlement; la compétence sociale et la performance académique protégeaient contre le fait de devenir un harceleur; et les interactions positives entre pairs protégeaient contre le fait de devenir un agresseur-victime (quelqu’un qui a été harcelé et qui harcèle à son tour).

 

Les enseignants bénéficient également du SEL. Ceux qui ont suivi une formation en compétences émotionnelles et sociales ont une plus grande satisfaction professionnelle et moins de burn-out, montrent des émotions plus positives envers leurs élèves, gèrent mieux leur classe et utilisent davantage de stratégies favorisant la créativité, le choix et l’autonomie chez leurs élèves.

 

Si la prévention de la violence en milieu scolaire reste la meilleure parade au développement de la délinquance, le soutien apporté aux enseignants ou aux éducateurs pour se former dans ce domaine est encore peu développé. Quelques initiatives encore isolées existent (comme par ex. le programme En Santé à l’Ecole dans les Pays de la Loire) mais les moyens pour les déployer plus largement sont insuffisants. C’est pourtant en apprenant aux enfants et aux jeunes à affuter leurs compétences psychosociales que l’école – et la société dans son ensemble – pourra agir sur le terrain de la violence.

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